Une école pour artisan/intégrateur
Suite à la rédaction de mes deux billets précédents sur le métier d’intégrateur web, ma pensée a évolué pour arriver à la conclusion que si les travailleurs du web devraient tous savoir intégrer et que notre métier d’intégrateur est dévalorisé ; il fallait certainement prendre le parti d’un organisme de formation.
Une idée simple
A la maison de l’outil à Troyes, on peut y visiter une succession de vitrines présentant les outils relatifs à un métier. Dans mon cas, je me suis imaginé gimp à la place du marteau, textmate à la place de l’établi ou encore l’explorateur de fichier en guise de ceinture pour ranger les clous.
Et puis je suis tombé sur cette phrase :
Travailler sur des systèmes abstraits de grande envergure nécessite d’avoir l’ensemble dudit système en tête. Quelqu’un a un jour comparé ce processus à la construction d’une maison faite en cristal précieux. Dès que quelqu’un vous distrait, l’édifice s’écroule et se brise en mille morceaux.
J’ai regardé mon code, je me suis relevé et je me suis dit : « en fait, je suis quoi, un orfèvre ? un calligraphe ? ». Et pensant à un reportage sur les cathédrales diffusés il y a quelques semaines, l’idée m’est revenue qu’on pouvait effectivement nous cataloguer comme des artisans.
Ils étaient bien payés, respectés, valorisés.
On sait que l’artisanat était composé de corporations, de confréries ; la formation de apprentis passait par le compagnonnage ; on y respectait des maîtres (une autorité).
Un centre de formation
Pourquoi pas alors reproduire ce principe de maître/apprenti ? C’est une idée, bien entendu, il faudrait le faire à la sauce web et technologie numérique.
A suivre…
Sans y coller le côté pompeux de titres, grades, etc ; on pourrait imaginer, plutôt que d’attendre qu’un cursus professionnel se mette en place, établir un principe d’apprentissage à partir de niveaux de maîtrise.
Sur des périodes diverses, 2 jours, 3 jours, 2 semaines ; proposer des types de sites (des oeuvres) à réaliser sous l’assistance d’un maître (oui, qu’il faudra trouver des maîtres de la force). Contrairement au milieu d’apprentissage habituel d’agence dans lequel on joue avec le temps ; l’accent serait cette fois mis sur l’excellence, c’est-à-dire la mise en pratique de notions comme l’accessibilité, le référencement, la maintenabilité, l’interopérabilité…
Ce serait un moyen de réfléchir aux méthodologies de travail idéales pour la fabrique de sites web. Cela permettrait de sensibiliser certains, de perfectionner d’autres ou encore de se lancer dans des projets de recherche… tout est permis.
Je vous propose l’idée pour ceux que ça intéresse. Je réfléchis très sérieusement à me lancer dans la formation et à animer ce genre de lieu. Je me dis que plutôt que d’avoir une équipe de développeurs qui développent, avec un telle considération, on pourrait plutôt avoir des équipes dans lesquelles les intervenants seraient réellement mis en valeur pour leurs compétences.
C’est quand on croit penser, qu’on arrête de penser
Je suis aller voir l’intervention de Bernard Stiegler dans le 2ème arrondissement de la capitale. Il présentait son dernier livre qui a pour sujet la bêtise. Grand philosophe de la technique, ses propos n’ont pas manqué de me faire réfléchir sur notre métier.
Bref résumé de l’intervention
L’attention, hier, n’était pas très soutenue, beaucoup de gens partaient en cours de conférence, quelques personnes lâchaient ; le discours n’a pas été évident à suivre. Bernard, à un moment, s’est un peu perdu dans une analyse remarquable mais pourtant difficile à transmettre sur un débat entre Deleuze/Derrida sur l’animalité de l’homme, la différence entre l’homme et l’animal, Derrida faisant la bête pour critiquer la position bête de Deleuze, la bête… je vous laisse imaginer.
Néanmoins, son positionnement par rapport à l’actualité a encore été, une fois de plus, pertinente. L’angle de sa réflexion s’est, à ce que j’ai compris, positionné sur les phénomènes qui permettent de passer de l’homme à l’animal (et inversement). Les processus d’individuation si bien décrit par Simondon.
Il s’est donc attardé sur la vacuité du débat pour connaître la différence entre l’homme, l’animal, la plante pour mieux se concentrer sur les phénomènes qui permettent de passer de l’un à l’autre. On peut ainsi passer de l’état végétatif, à l’état animal, voire pour les meilleurs à l’état humain.
Stop ou encore, avant/arrière, en considérant ces états et les processus qui permettent de passer de l’un à l’autre ; on peut mieux comprendre des phénomènes de progression et de régression. Un être bête étant un homme qui repasse dans le stade animal, celui de bête. Bernard évoque cela par la personne qui, énervée, (un patron qui met la pression) commet un excès de vitesse et provoque un accident. Ah oui, c’est très bête.
A cela, il a ajouté le discours traditionnel sur l’apparition de techniques et le mauvais usage qu’on pouvait en faire (pour manipuler les gens), les fameux sophistes. En ajoutant, un contre point très intéressant sur la stratégie du choc (Naomi Klein) technologique permanent.
La volonté des grands groupes de noyer les utilisateurs dans des évolutions technologiques constantes afin de successivement les empêcher de se les approprier et finalement de les faire arrêter de penser et, donc de les faire devenir… bête.
C’est quoi le rapport avec l’intégration ?
En intégration, on y est, dans le choc technologique permanent. Pour ceux qui ne connaissent pas, nous avons des nouvelles fonctionnalités qui arrivent chaque mois avec l’apparition de nouveaux métiers liés à l’interface.
Le problème c’est que (souvent, pas pour tout le monde encore une fois) dans notre environnement les personnes qui « travaillent » avec nous ne connaissent pas la technique pour faire des sites web et ne suivent absolument pas les nouveaux principes techniques.
Comme le dit Stiegler, ils croient penser le web (ne font pas de veille technique, ni ne manipulent) mais finalement arrêtent de penser. Il se crée un problème de compréhension, nous ne parlons plus de la même chose, le langage est différent.
Ainsi, toi l’intégrateur, on ne comprends pas ton métier, on te dit « pourquoi l’intégration devrait ne pas fonctionner comme les autres » ; mais, finalement parce qu’intégrateur c’est pas juste un métier, c’est le métier. Le métier d’une agence est de faire des sites web, si tu es le seul (avec tes copains développeurs) à te soucier de la manière technique d’intégrer un site, en fait, tu fais ce que les autres ne savent pas faire. Donc forcément, tu es frustré, tu passes du temps et ça marche jamais.
Tout le monde devrait être intégrateur.
Heureusement pour toi ; toi, tu penses et c’est pour ça que tu va/dois devenir concepteur. Mais, je pense que si tu veux avoir une vie plus joyeuse (si ce n’est pas le cas), mieux vaut travailler avec des gens qui partagent ta démarche.
Avis personnel : je ne trouve pas normal que nous soyons dans ce choc technologique permanent qui nous monte les uns contre les autres (phénomène tour de Babel). J’aimerais vivre dans un contexte plus stable dans lequel on se pose les bonnes questions, on réfléchit, on s’entre-individue. Mon objectif n’est donc pas la critique pour la critique, mais de montrer l’aberration de notre système pour en construire un nouveau.
Travailler dans les grands espaces
Tout d’abord un article qui explique que quand on travaille dans le bruit, tout près et qu’on organise des réunions avec trop de monde. Le travail est moins bon.
Le risque de l’idéologie du groupe
Et pourtant, poursuit Susan Cain, la nouvelle idéologie du groupe a pris possession de nos lieux de travail. Presque tous les employés américains travaillent en équipe et près de 70 % des lieux de travail sont des open spaces, ce qui correspond, en 30 ans, à une diminution de plus d’un tiers de l’espace moyen alloué à chaque employé. Et Susan Cain de remarquer la même tendance dans les écoles et dans les institutions religieuses.
Lire Le risque de l’idéologie du groupe.
Ensuite un article sur nous les codeurs qui explique qu’on ne peut pas très bien travailler quand on est dérangé. Mais c’est pareil pour tout le monde.
Pourquoi les codeurs sont des oiseaux de nuit ?
Chez les développeurs, on gère parfois sur les très gros sites des systèmes tellement complexes (des blocs avec un code identique qui ont des comportements différents sur une dizaine de pages), qu’il devient difficile de se concentrer sur autre chose. Perdre le fil devient extrêmement coûteux en fatigue.
De l’autre, on a ce que Paul Graham nomme l’emploi du temps du créateur – un emploi du temps pour ceux qui produisent quelque chose. Travailler sur des systèmes abstraits de grande envergure nécessite d’avoir l’ensemble dudit système en tête. Quelqu’un a un jour comparé ce processus à la construction d’une maison faite en cristal précieux. Dès que quelqu’un vous distrait, l’édifice s’écroule et se brise en mille morceaux.
Lire Pourquoi les codeurs sont des oiseaux de nuit ?.
Il nous faudrait peut-être des lieux de décompression à la campagne pour créer ; voilà une idée que je le trouve intéressante.
Pourquoi l’intégrateur doit devenir concepteur ?
Je vais m’intéresser au schéma classique de l’organisation que beaucoup connaisse mais qui ne constitue pas le seul et unique modèle. Je vais tenter de démontrer que le principe de séparation des métiers par pôle avec des chefs de projets (non technique) au milieu ne peut pas fonctionner (dans un cadre d’évolutions techniques permanentes).
Le principe d’organisation
Dans une agence, voire dans beaucoup de sociétés françaises, on ne sait pas trop comment organiser les projets. Alors quand on est submergé et qu’on n’a pas envie de gérer le quotidien, on engage une personne pour gérer tous les à côtés ; selon moi, une sorte de super secrétaire de luxe mais en plus cher (je ne me moque pas je l’ai fait et c’est horrible).
Avec son poste de gestionnaire des « projets », le chef de projet se trouve confronter aux pôles techniques avec lesquels il a du mal à discuter. Son rôle est de suivre l’évolution du projet (budget et planning) tout en faisant l’interface avec un client ; pour cela on lui donne le pouvoir d’arbitrer. Son manque de connaissance du métier dans lequel il travaille fait qu’il oublie de noter des choses, n’anticipe pas suffisamment, ne rend pas compréhensible sa demande, devient contradictoire…
Au final, les produits livrés sont d’une qualité insuffisante, arrivent dans des délais non conformes, les projets ne sont pas rentables ; On tente de comprendre pourquoi le système ne fonctionne pas.
L’analyse des déficiences du système
Suite à de grandes réunions, entretiens (…), les managers arrivent à deux conclusions :
- Les chefs de projets ne connaissent pas suffisamment la technique
- Les pôles techniques ne sont pas assez impliqués en amont
La solution appliquée
Comme les chefs de projets ne peuvent pas devenir technicien et que les chef de projets techniques sont chers, on choisit d’appliquer la deuxième option. Hors, la deuxième option ne peut pas marcher à cause de la première.
En effet, dans une organisation par pôle technique, chaque pôle est défini par une expertise technique que justement ne possède pas le pôle des chefs de projets. Dans le cas où on demande d’impliquer les pôles techniques plus en amont, le chef de projets se retrouve dans une situation où il n’a plus de légitimité car les pôles experts deviennent plus compétents que lui pour prendre les décisions.
Si le chef de projets veut, de manière naturelle, conserver de l’importance, il devra s’arranger pour ne pas intégrer les pôles techniques trop en amont. D’autant plus que quand on est chef de projets, on est chef.
Dans une agence web, alors même que tout le monde peut être d’accord sur le fait qu’un intégrateur ne peut pas gérer des principes d’accessibilité et de qualité s’il n’est pas sollicité en amont, on ne fera pas appel à ce même intégrateur car il va ralentir la conception de projet avec ses processus et rentrer de ce fait en confrontation direct avec les besoins du chef de projets.
On arrive donc toujours à la même conclusion, les chefs de projets sont incompétents dans leur domaine technique. Comme ils n’ont pas de statut d’autorité qui les légitimise, ils n’appliqueront pas la solution 2, pour ne pas perdre la face.
Les points d’achoppement en agence web
Pour en avoir été témoin de la situation, se met en place une guerre de tranchée très dure entre les chefs de projets et les intégrateurs. Elle est entretenue par deux oppositions
- Les chefs de projets n’informent pas suffisamment les intégrateurs en amont / les intégrateurs sont réfractaires à exécuter les tâches
- Les chefs de projets ne progressent pas techniquement, alors que les intégrateurs le font constamment / les intégrateurs demandent aux chefs de projets d’avoir des connaissances dans un périmètre qui n’est pas le leur
Les systèmes d’opposition font rarement avancer les choses. Pour moi le système n’est pas bon. Pour des raisons très simples :
- Les entreprises ont des domaines de compétences, des métiers ; il est normal de maîtriser le métier de l’entreprise dans laquelle on travaille pour la faire fonctionner ; ce n’est pas le cas des chefs de projets
- On confond souvent expertise et compétence ; pas besoin d’être expert comptable pour gérer un budget, pas besoin d’être chargé d’opération pour gérer un planning, pas besoin d’être chef de projets pour discuter avec un client
Le système qui marche
Le problème réel du système d’opposition est qu’alors que l’évolution naturelle de l’intégrateur est d’améliorer ses compétences en conception, de devenir responsable interface (voir l’explosion des offres d’embauche des concepteurs UX aux US), le chef de projets, pour conserver son statut, va bloquer la monté en compétence de l’intégrateur.
Pour moi, il est évident que la personne qui connait le mieux les principes de réalisation dans un domaine est le plus a même de pouvoir les concevoir (les interfaces dans notre cas). Hors ce n’est pas ce qu’on met en place dans certaines agences et c’est pour cette raison que la qualité reste moyenne.
Je pense qu’il est indispensable de passer à plus de transparence et donner plus de responsabilités à des équipes projets. Relire des articles comme La culture de la conception web, la transparence ou Trois règles de management piochées chez Favi.
Les pages animées au scroll vertical, deux plugins jQuery
Est-ce que vous connaissez ces fameuses pages avec animations à chaque scroll vers le bas ? Ces types de pages sont relativement nouvelles dans la mesure où ce sont les nouvelles propriétés CSS3 qui permettent de provoquer les animations dans votre navigateur (à moindre frais).
La génèse
Une des première dans le genre (à ma connaissance) fut bien évidemment « Ben the bodyguard », dont voici la vidéo :
On se servira de ce genre de présentation pour mettre en avant un contenu scénarisé avec des étapes bien déterminées.
Le principe
Techniquement, comment cela marche-t-il ? On met en place une grande page, avec un décor statique (fond) et des éléments animés. On place dans cette page des ancres, comme autant d’éléments de votre scénario : étape 1, étape 2, étape 3… Puis à chaque ancre, on associe une animation (ou plusieurs animations).
Donc pendant que vous descendez dans la page, votre navigateur détecte des bornes (ancres), à chaque borne une fonction permet d’activer un événement. Visitez la page de Google green – Better web. Better for the environment..
Les plugins
Je vous propose de regarder deux plugins jQuery
1. jQuery waypoints :
Un plugin qui permet de détecter l’activation d’ancres et de pouvoir lancer un événément JavaScript de son choix. Peut-être utile pour du scroll infini, la détection de bas de page…
jQuery Waypoints
2. jQuery scrollorama :
Un peu plus fin, il pointe directement un élément et permet d’appliquer un événement d’animation sur cet élément. Il semble plus destiné à des effets visuels.
jQuery scrollorama