Le problème de ces économies créatives est que celles-ci restent pensées dans le modèle consumériste : on cherche à utiliser les talents des « créatifs » pour lutter contre la débandade de la consommation. Or, c’est aussi pour retrouver le désir, pour construire une société créative, qu’une partie croissante des jeunes générations s’éloigne progressivement du modèle consumériste, rejette un modèle qui ne la fait plus du tout ni rêver ni désirer, et s’engage dans des pratiques contributives singulières que le marketing tente évidemment de récupérer. Je pense que cette économie de la contribution est le véritable enjeu d’une société créative, bien au-delà de la supposée « creative class ».
Les industries culturelles ont fabriqué un consumérisme culturel qui est incompatible avec une véritable expérience artistique et intellectuelle. Nous voyons donc apparaître là aussi, avec les nouvelles technologies culturelles, d’autres comportements face aux oeuvres, aux arts et aux savoirs sous toutes leurs formes. Des communautés de passionnés se forment, échangent des savoirs et reconstituent une faculté de juger. Le public est la nouvelle avant-garde : c’est lui qui inventera les institutions culturelles de demain.
Lire :
- Bernard Stiegler : “Il y a beaucoup d’inventions qui ne produisent aucune innovation”
- L’amateur, le web et l’économie de la contribution”
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